Malgré la loi sur la parité Homme-Femme du 4 août 2014, le secteur de la petite enfance reste essentiellement féminin. Des métiers pourtant ouverts aux hommes depuis 1973 pour les éducateurs de jeunes enfants (EJE) et depuis 1983 pour l’ensemble des professions de la petite enfance (puériculteurs, auxiliaires de puériculture, animateurs…). Selon le dernier rapport du Commissariat Général à la Stratégie et à la Prospective, les hommes représentent entre 1,3 % et 1,5 % des effectifs du secteur, et 3 % dans les structures collectives (lieux d’accueil de jeunes enfants – EAJE – et écoles maternelles). Les métiers de la petite enfance sont hyper féminisés : considérés comme naturellement féminins, une sorte de prolongement des activités domestiques et de la maternité souvent profondément inscrit dans les mentalités.

Même si les choses bougent lentement, à la crèche « graines de soleil », à Brest l’équipe encadrant les enfants vient de compter son troisième professionnel. Depuis 2013, Yoann, animateur petite enfance, avait permis de mettre en lumière l’importance de la représentativité masculine en structure petite enfance ; Adrian, éducateur de jeunes enfants, a intégré les effectifs en avril dernier et aujourd’hui Thierry, animateur petite enfance fait « sa rentrée » .
Des arrivées généralement bien – voire très bien accueillies – par le personnel et par les familles. Une majorité de parents sont favorables à cette mixité. Sensibles aux nombreux atouts qu’offrirait la présence masculine : celle-ci serait bénéfique à la construction de l’identité des enfants , à l’implication des pères, à l’enrichissement des échanges de travail et de la construction des projets au sein des équipes ; – la présence d’hommes peut aussi encourager à réfléchir sur l’égalité filles-garçons et à concevoir une autre éducation, plus égalitaire et moins stéréotypée ; et, au final, participer à la revalorisation globale des métiers de la petite enfance.

Pour les pères, voir un homme exercer un métier dit féminin, peut contribuer à une vision complémentaire de leur rôle de père. (Adrian, éducateurs jeunes enfants)

Donnons la parole aux principaux intéressés : Ces hommes qui ont sauté le pas et qui s’épanouissent dans leur métier auprès des tout-petits.
Yoann : « on ne se demande pas si un enfant a besoin de sa mère et de son père, la présence du binôme parental est à la fois naturel et complémentaire pour moi, l’encadrement en crèche répond à la même dynamique ; la présence à leur coté au quotidien de référents des deux sexes participe à leur équilibre et aussi à celui des équipes ».
Adrian : « Etre un homme dans un établissement d’accueil de jeunes enfants c’est participer à faire évoluer les regards sur la place des hommes et des femmes dans la société. Cela peut aider à faire bouger les lignes et les stéréotypes tant sur le plan professionnel que personnel. La difficulté est justement de ne pas être dans le stéréotype : Parce que je suis un homme, je serais porteur d’une certaine autorité. Parce que je suis un homme, je vais faire « la bagarre » et jouer au ballon. Parce que je suis un homme, je coifferais ou habillerais mal les enfants. Alors, oui je suis porteur d’autorité mais pas plus que mes collègues femmes. Peut-être même parfois moins. Je fais la bagarre mais je joue à la poupée et au coiffeur aussi. Bon, c’est vrai il m’arrive d’oublier un petit bouton quand j’habille les enfants après les lever de sieste… Même si les mentalités évoluent, s’occuper des jeunes enfants est toujours majoritairement perçu comme un rôle dédié aux femmes. Alors pour les pères, voir un homme exercer un métier dit féminin, peut contribuer à une vision complémentaire de leur rôle de père. Je crois qu’un métier ne devrait pas être genré. En tant qu’homme, je pense que travailler dans un milieu féminin, c’est amener de la mixité et de la diversité dans un milieu homogène. Comme une femme apporterai de la mixité dans un milieu masculin ».
Thierry : « En fait, je n’y avais pas du tout pensé avant d’intégrer le cursus de formation ; et c’est à ce moment que les différentes personnes et interlocuteurs m’ont posés la question de ma place d’homme dans ce choix professionnel. Quelques freins et étapes à passer : en me proposant de faire une formation et des stages supplémentaires… comme pour justifier, confirmer mon choix de travailler avec des enfants. Aujourd’hui, je ne pose pas vraiment de questions, pour moi c’est naturel et une orientation assumée. »
En Jeux d’Enfance programme dès cette année une journée de rencontres entre salariés, le choix de thème pour 2018 serait réfléchi autour de « l’égalité filles-garçons », les stéréotypies, la place des hommes dans les équipes …
Une réflexion sur l’organisation d’une formation de 3 jours pour les responsables de crèches et les Animateurs.trices de Relais Parents Assistant.tes Maternel.les autour de la compréhension du processus de transmission des préjugés et comment agir sur le terrain a aussi été évoquée avec une conférence sur la question et des ateliers participatifs. Ces formations entrent dans le cadre du Plan pour l’égalité filles-garçons dans les crèches porté par En Jeux d’Enfance en 2018.

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